Que la peste vous emporte, je l'aime...

Que la peste vous emporte, je l'aime...
Jeudi dans la nuit.
Cette nuit semble interminable. J'aide mon frère. Aide au sens propre, au niveau des tournures de phrases, des citations et de l'élaboration du plan. Mais surtout une aide morale, un soutien mental par le simple fait de rester à ses cotés en pleine nuit. Le sujet de sa dissertation donne matière à de longs débats mais le droit constitutionnel est bien loin de mes préoccupations ce soir.
Mon rat ; certainement le plus vieux rat de France, 3ans et demie et cela sans compter les mois de sevrage, quand je n'avais pas encore fait son acquisition ; semble souffreteux.
Il est agité d'étranges petits spasmes qui me rappellent les malades souffrant de Parkinson.
Et lui, d'habitude si actif malgré sa récente paralysie des membres inférieurs, reste prostré avec ce regard qui semble m'implorer.
Je finis par le prendre sur moi pour vérifier qu'il va bien. En temps normal, il profiterait de sa liberté pour aller trottiner sur le parquet mais là, c'est à peine s'il bouge, se laissant manipuler tranquillement. Il finit par venir se lover sous mon bras et comme un bébé dans le giron maternel, il s'endort.
Je sais bien qu'il est vieux et que c'est déjà un miracle qu'il ait pu atteindre cet age fort avancé pour un rongeur, mais je ne peux me résoudre à l'idée qu'il pourrait mourir là, tout contre moi ou qu'à mon réveil je trouve son petit corps sans vie.
Alors je le garde contre mon bras, réchauffant son corps agité de tremblements de la chaleur de ma main et mon c½ur est si serré quand je sens ses petites cotes saillantes sous mes doigts et ce corps tout décharné qui se colle à moi.
Je caresse ses poils grisonnants en repensant à son « enfance », lorsqu'il n'était qu'un raton grassouillet détalant au moindre bruit pour venir se cacher dans ma manche, rassuré par mon odeur.
Il y a bien longtemps que j'ai rangé mes tenues bohèmes mais mon rat demeure, garant d'un passé dont j'ai apprécié chaque seconde.
Mon compagnon d'infortune, mon confident fidèle, mon bébé...



Photo: Rue by Benard.

Rjd2 :Ghostwriter.

# Posté le jeudi 08 mars 2007 22:15

Modifié le lundi 09 juillet 2007 09:25

vomir sur le papier à défaut de vomir tout court....

vomir sur le papier à défaut de vomir tout court....
Un jour je commettrai un meurtre.

Quelqu'un passera peut-être sur ce blog et prétendra que c'était prémédité mais si ce meurtre ne sera sûrement pas excusé il sera toutefois « compris » par toutes les pauvres âmes qui ont tous les jours à subir l'imbécillité notoire des secrétaires d'administration.

Il est terriblement exaspérant de constater que dès que l'on concède la moindre, la plus infime part de responsabilité à ces petites cruches (et cruchons, l'idiotie, comme les anges n'ayant pas de sexe) elles se croient investies d'un pouvoir incommensurable et perdent toute notion de politesse. Elles se permettent des réflexions plus que déplacées et souvent complètement erronées sur votre situation.
On montre généralement du doigt les huissiers « sans compassion », les avocats « voleurs et menteurs », les dentistes « méchants barbares » mais il n'y a rien, aujourd'hui, qui ne me semble plus rébarbatif qu'une secrétaire administrative. Une petite aigrie de la vie qui décide de vous gâcher votre matinée ensoleillée sans raison, si ce n'est peut-être ses troubles gastriques, son petit déjeuner mal digéré, son mari qui l'a quittée pour une fille qui a peut-être votre age ou la simple vision de votre visage lui-même aigri de devoir faire appel à elle.
En l'occurrence, c'est Un secrétaire que j'aurais aimé étrangler ce matin. Un jeune homme à peine plus âgé que moi, que j'ai commencé à maudire dès le premier contact téléphonique.
Malheureusement pour lui, je suis dotée d'une grande patience et d'un calme olympien face aux avanies.
Et surtout j'ai en main un dossier de preuves capables de « clouer le bec » de n'importe quel petit secrétaire trop zélé que je m'empresse de venir lui montrer de visu.
Apres moult changements de bureaux, montées et descentes d'escaliers et autres consultations de responsable parce que, bien entendu face à mon dossier, Monsieur a un peu perdu de sa superbe, je finis par obtenir, Enfin, le dossier désiré.
Je ne tuerai sûrement jamais personne mais je finirai peut-être par développer un ulcère à ce rythme...





Dropkick Murphys: I'm Shipping Up To Boston

# Posté le mardi 13 février 2007 07:37

Retour...

Retour...
Lundi, à l'heure fade où le soleil même, peine à se lever, éclairant d'un de ses timides rayons hivernaux, une froide matinée.
A Orly, tout le monde affiche ce même air désabusé, las des heures interminables passés dans l'avion, maussade de quitter des contrées ensoleillées pour cette grisaille pesante.
Je m'attendais à avoir plus froid, mais les 20 degrés de différence ne sont qu'une légère gifle à mon visage. C'est comme un contrat tacite pris avec une entité supérieure : Je fais le bien autour de moi et je ne serais pas malade en retour.
Non, loin d'être le froid, c'est le paysage qui me tourmente. Ce ciel bas, gris, aux nuages lourds de menaces.Ce vent glacial et cette pénombre qui refuse de se dissiper.

Je ne suis pas sure d'avoir vraiment voulu rentrer...
Je fume avec écoeurement ma première cigarette. Je l'avais imaginée, rêvée, mentalement humée, savoureuse, tendre, apaisante...meilleure. Mais a-t-on vraiment l'esprit clair après une dizaine d'heures de vol, passées à jongler entre Le Monde et ses pages alarmantes et l'observation du couple assommé à coups de pilules « à faire passer le temps plus vite » ?
Si l'avion m'a gardée éveillée, le bercement léger du taxi pris dans les embouteillages joue les marchands de sable contre qui j'ai du mal à lutter.
Parfois il n'y a pas de plus douce berceuse que le klaxon d'un conducteur parisien mécontent...



Les Singes- Version In Vivo.

# Posté le vendredi 09 février 2007 05:44

Inutile...Impuissance et redites...

Inutile...Impuissance et redites...
Je me suis longtemps interrogée sur la condition d'adulte. Qu'est-ce qui différenciait l'enfant que j'avais été à l'adulte que je deviendrais...
Enfant, je n'ai pas été insouciante: avide de connaissances, accablée de questions qui resteront sans réponses. Adulte, je serais sûrement toujours tourmentée puisque désormais assez mature pour comprendre que ma soif de connaissance ne sera jamais apaisée et que ces questions si existentielles à mon sens, resteront non élucidées.
Je crois que du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été consciente de cette finitude de l'homme. De la finitude irrémédiable de toutes choses.


Rien ne disparaît, tout se transforme.

Lavoisier mentait... Les pensées, les souvenirs... certaines « choses » s'effacent.
Et cette personne que l'on a perdue et ces autres que l'on perdra. Jamais l'idée qu'ils
subsistent en « autre chose » ne nous réconfortera.
M. va mourir. Je le sais, nous le savons tous.
Elle aussi...
Et je me sens si impuissante. Pas que je veuille empêcher cette fatalité. Ni la nier...
Non, j'aurais voulu connaître les mots pour la rassurer, savoir soulager ces autres qui vont lui survivre. Pouvoir lui confirmer vraiment qu'il y a un ailleurs où elle va aller et que sa vie qu'elle chérissait tant ne va pas être réduite à un tas de poussière.
Il est douloureux de perdre les gens que l'on aime mais il est insoutenable de les voir partir dans toute cette douleur...
Etre adulte au fond, c'est aussi être beaucoup plus confronté à la mort et en être conscient.............



bo: Wes Montgomery: In your own sweet way.

# Posté le mercredi 13 décembre 2006 05:00

Modifié le mercredi 13 décembre 2006 13:11

Pate à remodeler...

Pate à remodeler...
Samedi. L'aube toute proche et les premiers chants d'oiseaux qui jurent avec le tintamarre qui s'échappe du bar.

R. allongé sur le billard, une pile de vestes en guise de dossier, il explique sa vision de l'art contemporain. A qui, nous l'ignorons encore. Seule une fille tout de rose vêtue semble prêter attention à sa logorrhée éthylique.
Je le surveille du coin de l'½il. Son Reflex qui se balance à son cou au rythme de ses mots.
Ses longues mèches brunes et bouclées qui occultent la partie gauche de son visage blafard lui donne un air angélique.
Pourquoi les anges devraient-ils être blonds ?

R. est un ange, avec ce regard désabusé de ceux qui ont connu un ailleurs meilleur.
Un coin de paradis qu'il nous permet d'apercevoir à travers chacune de ses photographies.
Il m'a redonnée ce statut de muse qui semble depuis quelques années me coller à la peau.

Muse. Etre tout et rien à la fois.


Ils le disent tous d'un ton révérencieux. Comme s'ils vous gratifiaient ainsi du plus beau compliment que l'on puisse faire. Comme si vous existiez enfin dans ce monde mais uniquement à travers leurs yeux.
La première fois çà semble magique. Et puis çà devient banal. Un état comme un autre.
Trop entendu ce n'est plus qu'un simple mot. Un compliment qui sonne, inégal, sur l'âme.
Ca prendra peut-être plus de sens quand ma jeunesse sera défraîchie et que je contemplerais avec amertume ou tendresse les résidus de ma beauté fanée.
Modelée à jamais par vos mains.
En un sens, ils m'ont rendue immortelle...


The Pipettes: Pull Shapes.

Pix :a toutes celles qui vivent à travers les courbes de Miss Clicquot.

# Posté le lundi 04 décembre 2006 21:50